Patrice des Moutis Patrice Des Moutis

Né le 18 aout 1921 à Paris et mort le 17 octobre 1975 à Saint Cloud, Des Moutis était un ancien élève du lycée Janson de Sailly et a obtenu par la suite le titre d’ingénieur à l’École Centrale de Paris.
Passionné de chevaux de courses, il allie ses connaissances mathématiques et hippiques dans l’unique but de miser et gagner.

Durant sa carrière de parieur français, il était connu sous le nom de « Monsieur X » à la suite de sa folle rencontre avec le tiercé dans les années 1960.

Le raisonnement de la future menace hippique

Grâce à son expérience en tant que bookmaker et ses facilités d’analyse, Patrice Des Moutis a commencé par se dire qu’en supprimant de la liste des chevaux improbables selon ses propres critères, il allait arriver à des combinaisons de chevaux pouvant potentiellement figurer dans les trois premiers. Son but premier n’étant pas de les additionner sur une longue durée non rentable mais de mêler ses bases d’analyses avec les chances qu’il repère.
Son raisonnement devient alors une méthode.

Sa méthode repose sur trois suppositions essentielles :

1.

trouver une arrivée possible

2.

la jouer dans
tous les ordres
en appliquant
un coefficient
à chaque pari

3.

tout en respectant les règles
établies par le PMU

De l’anonymat au cauchemar du PMU

Le 11 novembre 1958, Patrice Des Moutis essaie son raisonnement pour la première fois. Il sélectionne la favorite de l’épreuve :  Messenia, il la met en tête de toutes les combinaisons et commence par faire le tri en enlevant neuf chevaux qui ne lui paraissaient avoir aucune chance. Il lui en reste alors sept qu’il relie avec la favorite en les mettant deux par deux et à chaque fois dans les deux ordres possibles. Il se retrouve avec un total de 42 combinaisons à 200 francs avec pour coefficient 35 chacune.

Son enjeu global s’élève à 294 000 francs, soit 20 fois la mise. Résultat de la course fructueux, Messenia gagne, suivie derrière de ses deux meilleures combinaisons. Des Moutis gagne le tiercé 35 fois dans l’ordre et 35 fois dans le désordre soit une somme de 5 millions de francs.
Le soir, il apprend qu’il y a une surcote et rafle 22 millions de plus.

De tiercé en tiercé, Des Moutis affine sa façon de jouer, il mise jusqu’à 80 millions d’anciens francs par tiercé sur des courses soit aléatoires soit aux résultats prévisibles avec une rentabilité d’environ 10% à 20%.

Le 14 juillet 1961, Des Moutis décide de continuer de parier et d’augmenter encore plus les mises et offre au PMU son deuxième gros coup; il touche le tiercé 500 fois dans l’ordre et 2500 fois dans le désordre.

Le PMU en panique !

L'echo de la presse
L'echo de la presse
L'echo de la presse
Patrice Des Moutis devient de plus en plus connu par le biais des grands journaux papiers et télévisés qui ne font que vanter les mérites du célèbre Monsieur X et de sa recette miraculeuse pour dépasser le vrai gros gagnant du PMU de l’époque qui était l’Etat. Sa notoriété monte alors de manière fulgurante.

1er décret

Le PMU voit Des Moutis soustraire des sommes très conséquentes à leur cagnotte globale et décide de tirer la sonnette d’alarme. Marcel Boussac intervient et une nouvelle règle est alors établie : les préposés du PMU doivent désormais refuser d’enregistrer les tickets qui comportent plus de 25 fois la même combinaison de trois chevaux.
Mais malheureusement, Des Moutis a directement trouvé la faille du décret et va en informer André Carrus en personne en lui expliquant de manière simple que le ministre aurait dû préciser par parieur et non par ticket car s’il ne mise plus un ticket au coefficient 50, rien ne l’empêche de miser deux tickets au coefficient 25 !

Fin novembre 1961, Des Moutis prend le Tiercé à Auteuil comme moyen de prouver son raisonnement de manière évidente ; Sur une course de treize partants, il sélectionne le favori Explorateur II et Le Ponant II qui a de fortes chances de se retrouver dans le tiercé gagnant selon lui malgré qu’il soit le faux toquard de la course.
Il joue un coefficient 100 qu’il coupe en quatre séries de tickets au coefficient 25 sur un certain nombre de tiercé qu’il a établi grâce à ces deux chevaux. L’enjeu global s’élève à 4800 francs. Ponant II gagne devant Explorateur II et un autre cheval qu’il avait joué. Le gain est alors de 5 400 000 francs.

2ème décret

Carrus modifie une nouvelle fois le texte ministériel en stipulant que le parieur ne pouvait plus jouer au-delà du coefficient 25 dans les bureaux du PMU.
Mais Des Moutis n’avait lu nulle part qu’il était interdit d’aller parier dans différents PMU au coefficient 25 !
Le 1er janvier 1962, lors du tiercé à Vincennes, Des Moutis a passé la journée à rendre visite en 92 PMU avec 92 tickets de combinaisons complètes en misant sur six chevaux dans tous les ordres possibles. L’enjeux global était de 55 000 000 francs. Il empoche 492 000 000 francs qu’il se fait remettre sous forme d’un chèque au porteur par André Carrus en présence de la direction du PMU.

3ème décret

La dernière contre-attaque du PMU ne fut pas des moindres. Le 16 mai, le nouveau décret stipula qu’un même parieur ne peut engager soit dans un seul, soit dans plusieurs postes d’enregistrement, sur un même tiercé simple ou sur chacun des tiercés englobés dans une formule combinée, un enjeu total à 60 nouveaux francs sous peine d’un refus du règlement de leurs paris.

Le tiercé de trop

Des Moutis a essayé en vain de contrer ce décret le vendredi 7 décembre 1962 durant le prix de Bordeaux en pariant avec 83 autres parieurs la même combinaison à travers la France pour un enjeu de 3600 francs chacun. Ils gagnèrent au total 4 100 000 francs mais se sont rapidement fait saisir ce gain par suite d’un communiqué qui a annoncé que les gains des 83 parieurs soupçonnés d’avoir joué sous l’instruction de Patrice Des Moutis sont bloqués et qu’une plainte est déposée contre X.

C’est ainsi que Des Moutis devient par la suite Monsieur X et conseiller de journaux turfistes sous le nom de celui-ci durant des années. Il continua, malgré tout, sa carrière de parieur, mais avec sa famille, en favorisant cette fois-ci sa passion et non le bénéfice.